James Joyce « Dubliners », « les gens de Dublin » partie 2: « le recueil de nouvelle »

Il s’agit d’un recueil  de 15 nouvelles, qui bien qu’elles soient prêtes des 1904, ne seront publiées qu’en 1914. En effet, de  nombreux éditeurs refuseront de les éditer par peur de scandales, voir de procès.
Certaines nouvelles seront perçues comme indécentes.  Joyce sera du reste poursuivi en justice pour obscénité comme il a été signalé dans le précédent post. Ainsi, certains éditeurs réclameront une provision d’argent pour faire faces à d’éventuels procès.
À leur sortie, toutes les copies du recueil seront brûlées à l’exception d’une seule qui sera remise à l’éditeur.
Évidemment de nous jours à la lecture des ces nouvelles, la polémique paraît bien dérisoires et excessives.

Voici les nouvelles mises en cause :

*** Une rencontre :   (seconde nouvelle du recueil)
Elle a pour sujet la rencontre de collégiens avec un curieux personnage qui a des idées assez rigides sur l’éducation : il prône les châtiments corporels. Il leur tient également   un discours  sur relation entre écoliers et écolières . En fait, il n’y a rien d’indécent ni de choquant dans ce récit.
*** Les deux galants (sixième nouvelle du recueil) :
bien qu’elle ait pour thème les intrigues de deux entremetteurs, cette nouvelle n’a rien d’inconvenant.
*** On se réunira les 6 octobre  (douzième nouvelle)
A pour fond la rencontre de personnalités diverses dans la salle du comité électoral, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Parnell un ancien politicien. Évidement on parle politique  et on évoque la vie du roi Édouard VII avec une certaine familiarité.
La aussi rien de choquant .

Les Morts : (quinzième et dernière nouvelles) :

C’est l’œuvre  maîtresse du recueil.  On dit que Joyce s’était conformé à la discipline des écrivains naturalistes.
(Le mouvement naturaliste littéraire est un curieux  courant littéraire qui n’a aucun intérêt de nos jours.)
le fil conducteurs de ce récit est le bal annuel des sœurs Morkan : (Kate, Julia et leur nièce Mary Jane)
Les sœurs  Morkan organisent chaque année un bal ou elles invitent nombre de leurs amis et familles.
parmi les convives:
* Gretta et son mari Gabriel . Ce dernier a préparé un discours pour la circonstance.
* Freddy Malins, la quarantaine toujours imbibé, leur parle d’un chanteur noir, ainsi que de moines qui dorment dans leurs cercueil, ce qui provoques des interrogations.
* Monsieur D’Arcy un chanteur très connu et dont on espère qu’il va interpréter un de ces airs célèbres.
On danse, on chante boit. Un convive prépare un discours, tandis qu’un autre disserte sur un grand musicien.
Toutefois, cette harmonie ceci sera ébranlé par deux chants :
* le chant Julia : tante Julia est une femme très âgée qui eut ces moments de gloire en tant que chanteuse de chorale.  Elle va chanter  d’une voix cassée « parée pour la noce » de Bellini.
* le chant  D’Arcy un chanteur professionnel : Il chantera  « the lass of Anghin ». Un magnifique et triste chant celtique traditionnel que  Joyce avait l’habitude de le chanter à son épouse.
À partir de cet instant les convives prendront, conscience de la fragilité de leur monde.
Gretta  racontera à son époux Gabriel, que dans sa jeunesse,  un jeune homme l’aima si intensément qu’il mourut d’amour pour elle. Ceci provoqua un amer monologue chez le mari. Ce monologue qui constitue les derniers paragraphes de la nouvelle  est un pur chef-d’œuvre.
« Les morts » les derniers paragraphes :
Ce dernier paragraphe durant lequel Gabriel laisse son esprit parcourir  le passé, l’avenir, les regrets, les amertumes, est l’un des moments  intense de la littérature humaine.  Il complète le chant de tante Julia et s’harmonise avec la tristesse du chant « the lass of Anghin ».
Jamais passage n’a suscité  autant d’émotion.
Tout le corps de la nouvelle n’est la que pour cette ultime plainte.
Analyse et Architecture des gens du Dublin :

Tout commence par un fait récurrent : le bal annuel des sœurs Morkan. Voici donc pour le décor.Les personnages à partir de ce moment seront observés par l’écrivain.   Ils  échangent les mêmes banalités, refont les mêmes gestes, écrivent le même discours que les autres années.
Toutefois, un élément anodin va bouleverser cette routine.  Joyce introduit une sorte d’accident qui fera évoluer les personnages dans des directions différentes.
Ici c’est le chant de tante Julia avec sa voix est cassée et flétrie.
C’est le choc.
Les convives se rendent compte que cette femme est désormais très  proche du crépuscule de la vie.
Le monde « des gens de Dublin » comme la vie de Tante Julia se vide petit à petit.
Ceci les rend mélancoliques. D’Arcy chantera « the lass of Anghin » un chant celtique d’une tristesse poignante.
L’esprit de Gabriel ne pouvait que penser à la neige qui se déploie  sur l’Irlande, sur le Shannon, sur marais d’Allen, sur la tombe de Michael Furey, sur tous les vivants et les morts.

Note :
THE  LASS OF AUGHRIM

If you’ll be the lass of Aughrim
As I am taking you mean to be
Tell me the first token
That passed between you and me
O don’t you remember
That night on yon lean hill
When we both met together
Which I am sorry now to tell
The rain falls on my yellow locks
And the dew it wets my skin;
My babe lies cold within my arms;
Lord Gregory, let me in

* Livre lu pour ce post : «  les gens de Dublin » édition Plon collection Pocket. La nouvelle «les morts » est traduite par Yva Fernandez.

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2 commentaires pour James Joyce « Dubliners », « les gens de Dublin » partie 2: « le recueil de nouvelle »

  1. Lixi dit :

    Apparemment le problème c’est surtout que tu n’as pas compris les allusions de l’auteur. Rien d’indécent dis tu? Dans an encounter ou la rencontre, le vieil homme (probablement un marin d’ailleurs) se masturbe à coté de ces jeunes enfants, vante les bienfaits du fouet (en tant que pratique sexuelle ou érotisante) et enfin parle de relation écolier-écolière dans le but d’inciter à l’acte sexuel. Il fait surgir des fantasmes et des désirs chez le narrateur, encore jeune enfant. Ceci ne l’est peut être pas de nos jours mais c’est indécent pour l’époque.

    • abdesselam dit :

      Bonjour Lixi,
      Je ne vois pas ce qui choque les sociétés quand un écrivain décrit une situation susceptible d’exister. Et elle existe. Les réactions de ces sociétés ne sont qu’hypocrisies. Au contraire ce qui me paraît choquant c’est d’avoir peur des réactions sociales et d’occulter des situations qui existent. Je tiendrai les mêmes propos si j’avais à écrire un article sur le film de Louis Malle : le souffle au cœur. Ou il est question de rapports incestueux entre un enfant et sa mère. Cela existe donc en parler n’a rien de choquant.
      Malheureusement les hypocrisies sociales continuent de plus belle et de plus en plus fort de nos jours. Ainsi par peur de choquer les écrivains s’autocensurent.
      Et pour résumer le fait qu’un auteur ai écrit une nouvelle où il est question d’indécence ne signifie pas que cette nouvelle soit indécente. En tout cas c’est ce que je pense.
      Merci pour ton commentaire et je pense avoir répondu définitivement à ta question.
      Abdesselam

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