Albert Camus, La Peste 1.

Ce qui surprend le plus c’est l’extrême sévérité avec laquelle Albert Camus décrit la Ville D’Oran :
« La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide »
« Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? »

Une ville neutre, qui subit le poids des éléments :

« Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver. »

Ce qui surprend également c’est l’absence de nature. La mer est présente, mais on ne peut y accéder. D’où l’importance de la mer retrouvée fugacement dans ce splendide paragraphe où Tarou et Le Dr Rieu nagent ensemble:

« Rieux plongea le premier. Froides d’abord, les eaux lui parurent tièdes quand il remonta. Au bout de quelques brasses, il savait que la mer, ce soir-là, était tiède, de la tiédeur des mers d’automne qui reprennent à la terre la chaleur emmagasinée pendant de longs mois. Il nageait régulièrement. Le battement de ses pieds laissait derrière lui un bouillonnement d’écume, l’eau fuyait le long de ses bras pour se coller à ses jambes. Un lourd clapotement lui apprit que Tarrou avait plongé. Rieux se mit sur le dos et se tint immobile, face au ciel renversé, plein de lune et d’étoiles ».

Qu’est-ce la peste ?

Une description tragique d’une condition humaine ?
Voici un ce qu’écrivait pascal dans ses pensées :

 » Qu’on s’imagine donc un nombre d’hommes dans les chaînes, et tous condamnés à mort, dont les uns étant chaque jour égorgé à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et , se regardant les uns les autres, avec douleur et sans espérance, attendent à leur tour .. . Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie et tout le reste : on jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais «   (199 et 210).
C’est exactement cela la peste. L’horreur à travers la souffrance des autres. La détresse expérience personnelle en temps normal, devient dans Oran la pestiférée, une expérience collective. L’homme perd son identité pour se dissoudre dans le drame collectif dont il ne devient qu’un élément impersonnel.

Une allégorie de l’occupation allemande, du nazisme et de la résistance ?

Beaucoup d’observateur et de critique de l’époque ont évoqué cette thèse qui ne fut pas du reste démentie  par Albert Camus.

La peste (symbole religieux et mythique par excellence du mal), représenterait le nazisme. Auquel les hommes d’Oran (ou les résistants) répondront par la solidarité collective.
La peste sera violemment critiqué sur ce point par  Roland Barthe. 1
Roland Barthe a reproché à Camus d’avoir évacué  l’Histoire au profit du mythe (anhistorique). Roland  Barthes n’admettant pas que la tyrannie, nazie en l’occurrence, fut métaphorisée, allégorisée.
Il reproche à Camus une morale insuffisant, face à mal des hommes (face a la tyrannie, camus ne proposerait que la solidarité des hommes).
Barthes dit préférer une morale d’explication a une morale d’expression.
« Que feraient les combattants de la Peste devant le visage trop humain dont elle doit être le symbole général et indifférencié ? » Questionne encore Barthes.

Camus répondra a Barthes que la question est injuste et aurait dû être posé au passé.
« la terreur a plusieurs visages, ce qui justifie encore que je n’en aie nommé aucun pour pouvoir mieux les frapper tous. Sans doute est-ce là ce que l’on me reproche, que La Peste puisse servir à toutes les résistances contre toutes les tyrannies. Mais on ne peut me le reprocher, on ne peut surtout m’accuser de refuser l’histoire, qu’à condition de déclarer que la seule manière d’entrer dans l’histoire est de légitimer une tyrannie » 

Les thèmes de la peste:

On retrouve dans cet ouvrage les grandes idées philosophiques de Camus.

* L’absurde  et l’éternel recommencement.

Des voitures qui tournent en rond, des personnages qui répètent à l’infini la même chose, c’est le sujet de l’absurde si cher à Camus . (cf mythe de Sisyphe)

* L’homme révolté et son impuissance.

Que ce soit le père Panelou ou le Dr Rieu, chacun se révolte contre le peste. Mais tous deux sont impuissants contre ce fléau.
Impuissance métaphysique du prêtre (Panelou)x et impuissance scientifique du médecin (le docteur Rieu).

* La confrontation des idées et la remise en question de ses convictions face à l’absurde :

Un passage célèbre de la peste est le sermon  du père Paneloux :
« Si, aujourd’hui, la peste vous regarde, c’est que le moment de réfléchir est venu. Les justes ne peuvent craindre cela, mais les méchants ont raison de trembler. Dans l’immense grange de l’univers, le fléau implacable battra le blé humain jusqu’à ce que la paille soit séparée du grain. »

Ainsi, selon le père Paneloux, la peste  est un fléau divin  qui frappe les pécheurs.
Toutefois, la mort atroce d’un enfant (donc innocent) ébranle la foi du prêtre qui parce qu’il ne peur renoncer à sa foi, trouve au créateur quelques circonstances atténuantes

Le roman de camus aujourd’hui.

Depuis la parution du roman en 1947,  la société française à changé, l’occupation allemande est lointaine, les débats philosophiques n’ont plus cours, la tyrannie a-elle  revêtu un visage plus humains?.
Toutefois, la peste est aussi un roman exaltant  à part entière qui peut se lire en faisant abstraction de toute spéculation intellectuelle et philosophique. C’est la chronique d’une ville isolée par une épidémie avec des envolées lyriques magnifiques.

Il serait intéressant d’avoir un échange d’opinion sur cette œuvre  entre la génération ancienne qui fut marquée par Albert Camus (années soixante et avant) et la nouvelle.

Vous pouvez télécharger l’intégrale du roman ici.
Attention ce post s’adresse à des personnes  ayant déjà lu le roman  de Camus La Peste. sinon ici.

pour plus d’information sur les critiques de Barthes, lire le paragraphe: « La relecture de La Peste par Roland Barthes : un procès d’intention rétrospectif ? »

Autres critiques:
Albert Camus:
la peste 2
le mythe de Sisyphe

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9 commentaires pour Albert Camus, La Peste 1.

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  4. Marcia Rocha dit :

    Merci pour votre site, j’étude Camus pour la premiere fois et je n’avais pas d’information sur La Peste. Je n’écrive pas bien en Francais, excusez moi pour mon pauvre texte.

  5. Victor dit :

    Outre l’occupation allemande, que peut symboliser la peste ?

  6. Abdesselam dit :

    @+ Victor.
    La peste est avant tout une allégorie du nazisme et de l’occupation nazie. Le roman évoque la résistance, les collaborateurs, la libération. La métaphore colle à l’histoire.
    Toutefois camus est également un penseur l’absurde. Il a développé ces idées dans le mythe de Sisyphe. Schématiquement, notre présence dans ce monde est absurde. On s’interroge sur notre existence, mais le monde n’apporte aucune réponse. Comme Sisyphe nous sommes condamnés à répéter la même chose.
    Partant de là, on peut dire que la peste introduit cette notion de répétition et d’interrogation.
    Toutefois, ce n’est plus la peste qui est un symbole, mais plutôt la situation créée par elle. Faut-il voir en Oran assiégé par la maladie, une métaphore de la vie absurde que nous menons ? Peut être en partie, car le dénouement heureux ne colle pas la pensée de Camus telle qu’elle est exposée dans le mythe de Sisyphe Camus.
    Abdesselam

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