Les philosophes Anglo-Saxons du XVIIIe et XIX siècle 6: William Godwin père l’utilitarisme ?

William Godwin

William Godwin et l’utilitarisme.

Rappel :

« An Inquiry concerning Political Justice » est la grande œuvre de William Godwin. C’est un livre éclatant dont la finalité est une communauté pacifiée de personnes sans autorité oppressive et qui repose sur l’altruisme vertueux.
Ce livre s’articule autour de grandes pensées extrêmement avancées par rapport à leur époque. L’une des caractéristiques de ces pensées outre leur génie est de s’opposer aux idées majeures du christianisme.
Il ne faut pas voir Political Justice comme une œuvre politique, mais comme une œuvre qui veut reformer la vie civile.
3 éléments au minimum sont nécessaires pour comprendre la pensée de W.G :
En premier lieu: Une formation de prêtre calviniste rigoureuse où l’usage de la raison est déterminant. Cet élan protestant avec vison messianique et prédiction va se retrouver dans la pensée de Godwin. En effet dans son livre, il ne donne pas de solution pour construire cette société utopique. Il nous dit que cela viendra un jour. Ce qui s’apparente apparemment à une vision prophétique.
En second lieu : l’introduction d’un nouveau concept du développement humain, en avance sur l’époque. Selon l’auteur un enfant né neutre. Ceci s’oppose radicalement au concept du péché originel chrétien et du droit naturel en particulier le droit divin.
En troisième lieu, l’introduction d’une morale nouvelle : l’utilitarisme.

William Godwin et l’utilitarisme.

La morale prédominante est la morale chrétienne à laquelle l’allemand Kant va apporter une relecture. Cette morale repose sur le concept de bien et de mal.
Le bien est non seulement universel, il est également valable en tout temps.
WG introduit l’élément d’utilité.
Un acte n’est pas mauvais ou bon en soi. Il l’est par rapport à son apport utile au bien être général.
Le bien être général est la préoccupation majeure de W.G.
William Godwin nous dit qu’il ne faut pas faire de promesses, car cela grève les possibilités du futur. Toutefois si une promesse est utile au bonheur général alors on peut la faire. De même, une promesse faite solennellement peut être rompue si cela est justifié par un apport utile pour la société.
Il nous dit également qu’une personne n’est pas tenue de rembourser l’argent emprunté.  Il suffit de justifier que l’usage que l’on va faire de cet argent rencontre l’utilité générale.
Il nous dit également qu’un homme pauvre et dans le besoin a le droit légitime d’aller puiser ce qui lui manque chez un homme riche.
Il justifie ainsi ce que les anarchistes ont appelé : la reprise individuelle.

FénelonMais c’est avec l’exemple de Fénelon et son valet qu’il pousse ce concept d’utilitarismes à l’extrême.
Dans un palais enflammé sont prisonniers Fénelon et son valet. On ne peut sauver qu’une seule personne.
Laquelle choisir ?
Godwin nous dit sans équivoque possible: on doit sauver la vie qui est la plus utile.  On doit donc sauver Fénelon et sacrifier le valet.
Fénelon est plus utile à la société puisqu’il a écrit un livre Télémaque qui a contribué au bonheur général, tandis qu’un valet peut être remplacé par un autre.
Godwin précise que si ce valet était un membre de sa famille, cela ne changerait en rien sa position. (Voir s.v.p. texte en bas)
Cette position de Godwin s’oppose évidemment à la morale chrétienne qui dit que toutes les vies se valent. Elle s’oppose également à la morale laïque post révolution française et à la  déclaration des droits de l’homme qui dit que tous les hommes sont égaux.
En effet pour William Godwin le bonheur général est le but à atteindre même cela doit passer par le sacrifice du bonheur personnel.

Dans qu’elle mesure William Godwin a t’il influencé Jeremy Bentham figure célèbre de l’utilitarisme anglo-saxon ?
Il semble impensable que Jeremy Bentham ait ignoré l’œuvre de William Godwin tant son livre fut célèbre.
En fin de compte, William Godwin est l’homme qui a rendu possible l’utilitarisme anglo-saxon qui connaitra la célébrité avec Jeremy Bentham et John Stuart Mill.

Notes: texte de William Godwin relatif à Fénelon et son valet :

«D’un point de vue global et général, mon voisin et moi sommes tous deux des hommes ; et par conséquent cela nous donne droit à une égale considération. Mais, en réalité, il est probable que l’un d’entre nous est un être de plus de valeur et d’importance que l’autre. Un homme a plus de valeur qu’une bête, parce que, possédant de plus hautes facultés, il est capable d’un bonheur plus authentique et plus raffiné. De la même manière, L’illustre archevêque de Cambray était de plus grande valeur que son valet, et ils seraient peu nombreux ceux d’entre nous qui hésiteraient à décider, si son palais était en flammes et si l’on ne pouvait sauver la vie que de l’un d’entre eux seulement, lequel des deux on devrait choisir. […] C’est celui qui conduit le plus au bien commun qui doit être choisi. Sauver la vie de Fénelon, en supposant qu’à ce moment il avait conçu le projet de son immortel Télémaque, aurait bénéficié à des milliers de personnes, qui ont été soignées par la fréquentation de cette œuvre de quelque erreur, vice et du malheur qui s’ensuit. […] Supposons que le valet ait été mon père […] supposons que moi-même, j’aie été le valet ; j’aurais dû choisir de mourir, plutôt que Fénelon ne meure. »

William Godwin’s Enquiry Concerning Political Justice, Book II, Chapter II: “Of Justice”:

In a loose and general view I and my neighbour are both of us men; and of consequence entitled to equal attention. But, in reality, it is probable that one of us is a being of more worth and importance than the other. A man is of more worth than a beast; because, being possessed of higher faculties, he is capable of a more refined and genuine happiness. In the same manner the illustrious archbishop of Cambray was of more worth than his valet, and there are few of us that would hesitate to pronounce, if his palace were in flames, and the life of only one of them could be preserved, which of the two ought to be preferred.

But there is another ground of preference, beside the private consideration of one of them being further removed from the state of a mere animal. We are not connected with one or two percipient beings, but with a society, a nation, and in some sense with the whole family of mankind. Of consequence that life ought to be preferred which will be most conducive to the general good. In saving the life of Fenelon, suppose at the moment he conceived the project of his immortal Telemachus, should have been promoting the benefit of thousands, who have been cured by the perusal of that work of some error, vice and consequent unhappiness. Nay, my benefit would extend further than this; for every individual, thus cured, has become a better member of society, and has contributed in his turn to the happiness, information, and improvement of others.

Suppose I had been myself the valet; I ought to have chosen to die, rather than Fenelon should have died. The life of Fenelon was really preferable to that of the valet. But understanding is the faculty that perceives the truth of this and similar propositions; and justice is the principle that regulates my conduct accordingly. It would have been just in the valet to have preferred the archbishop to himself. To have done otherwise would have been a breach of justice.

Suppose the valet had been my brother, my father, or my benefactor. This would not alter the truth of the proposition. The life of Fenelon would still be more valuable than that of the valet; and justice, pure, unadulterated justice, would still have preferred that which was most valuable. Justice would have taught me to save the life of Fenelon at the expense of the other. What magic is there in the pronoun “my,” that should justify us in overturning the decisions of impartial truth? My brother or my father may be a fool or a profligate, malicious, lying or dishonest. If they be, of what consequence is it that they are mine?”

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