Hommage aux portugais de la ville de Safi : après la deuxième valise il fallait choisir.

C’était jour de tristesse lorsque les Portugais ont quitté Safi et notre quartier. Ils ne pouvaient emmener avec eux que deux valises et à partir de la troisième ils devaient faire des choix. Ils pensaient que Safi était leur chez-soi, mais ce n’était pas vrai. Ils nous avaient apporté beaucoup, nous ne leur avons pas donné assez.
Adieu mes amis, adieu Antoine, adieu Elder, adieu Manuel, adieu inconnu.
Je n’ai jamais oublié cet air de ralliement que sifflait Manuel en dessous  ma fenêtre. C’était pour me dire Abdesselam sort on va vadrouiller avec les copains dans la rue du R’bat.
Et puis vous êtes partis et tout a changé. J’ai longtemps espéré votre retour. Un jour, bien des années après,  je suis parti à Lisbonne. J’ai vagabondé à travers ses rues dans l’espoir d’entendre ce sifflement de ralliement et de dire : « Manuel est-ce bien toi après tout ce temps ? ».
Mais rien ne se produisit.
Quelques années après votre départ j’ai quitté notre quartier à mon tour pour de longues années. Et puis un jour l’âge mur venant, je suis revenu pour quelques jours à Safi. Et par une belle nuit d’été, je suis revenu dans le quartier. J’ai revu cette vieille dame qui arrosait ses plantes, j’ai revu le père Levak… qui sortait de sa maison en regardant le ciel, j’ai revu Maria qui demandait à ses voisins comment envoyer ses gamins au bain maure, j’ai écouté François m’expliquant comment une proche était décédée d’une tumeur,  j’ai vu les cerfs-volants de Louis s‘élever dans le ciel.
Oui mes amis je vous ai vus ce jour là et j’ai discuté avec vous, j’ai même entendu au loin Manuel qui sifflait cet air de retrouvailles. Puis je me suis rendu compte que je parlais à des fantômes et que j’entendais les voix de mes souvenirs.
Les vieux quartiers délaissés finissent par s’imprégner de cette odeur désolation. Ils vous supplient  et tentent de vous séduire de peur que vous ne les abandonniez à votre tour, de peur que vous ne les laissiez s’imprégner de cette poussière de mélancolie.
Et puis je suis parti à mon tour, car depuis que vous êtes partis mes amis, j’y ai laissé une partie de moi-même.
Adieu pour toujours, François riche de ton cœur d’or, adieu Manuel, adieu Antoine adieu à vous tous et merci pour tout.

Mais avant de nous quitter écoutons ces chansons que nous avions aimées il y a si longtemps.

 

 

 

Au-delà des mots, des douleurs, des souffrances un air qui nous réunit.

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14 commentaires pour Hommage aux portugais de la ville de Safi : après la deuxième valise il fallait choisir.

  1. J’ai été très touchée de lire ce texte, je suis de Safi, et j’ai habité ce quartier, connu les gens qui sont cités dans ce texte, merci pour nous avoir communiqué ces souvenirs qui sont un peu les miens….

  2. Abdesselam dit :

    Merci infiniment, Ondine, j’ai écrit cet article avec tout ce que j’avais dans le cœur.
    Je ressens réellement tout ce que j’ai écrit.
    Abdesselam

  3. Bonjour Abdesselam, J’ai du mal à mettre un visage sur ton nom, mais je me souviens très bien de tout ce que tu raconte.. si bien.. Merci pour ce moment.. Je n’ai rein oublié!!!
    Merci encore.

    • Abdesselam dit :

      Je suis très ému Manuel. Le départ des Portugais de Safi m’avait personnellement traumatisé. J’étais très lié avec Antoine et Elder et ma sœur avec leur sœur Els…
      Je n’ai eu aune nouvelle d’eux depuis.
      Je suis parti au Portugal en 1983 et en 1986 avec l’immense espoir de vous retrouver au détour d’une rue ou d’entendre encore ce sifflement. J’ai passé quelques jours à Lisbonne Evora, Coimbra Faro.
      le bonjour à ta famille.

  4. Abdesselam,
    Les portugais ont toujours été de grands voyageurs,
    Nos grands parents avaient quitté leur pays attirés par la pêche au Maroc et ils ont fait souche dans ce pays où nous sommes tous nés, et particulièrement à Safi.
    Mes jeunes oncles et tantes, mes cousins cousines et ma fratrie sommes tous nés à Safi
    Quand le moment est venu de partir, nous avions tous reçu une culture française avant tout, la plupart d’entre nous sont partis vers la France, peu sont allés au Portugal .
    Et il aurait fallu que tu ailles vers l’Algarve d’où sont originaires la majorité de nos familles pour retrouver éventuellement quelques uns de tes amis d’enfance
    .Il n’en reste pas moins que notre port d’attache reste « Safi » ,et en ce qui me concerne je suis safiote avant tout!
    Bien amicalement,
    Ondine

    • Abdesselam dit :

      bonjour Ondine
      Au quartier de Hrayat al bayed il y avait une sorte de symbiose. Chaque maison, chaque famille étaient à leur place, tout cela donnait une atmosphère rassurante au quartier. C’était comme une sorte de mini cosmos (au sens que les Grecques donnaient à ce terme) le moindre déplacement de ce qui est devenu notre milieu naturel pouvait provoquer des souffrances. Le départ des Portugais puis plus tard celui des juifs ont provoqué une rupture de cette atmosphère rassurante. Personnellement j’en ai beaucoup souffert. Le quartier n’était plus le même.
      Je suis parti à l’Algarve en 1983. Je me de demande parfois si je cherchais mes amis ou l’image que je j’avais en moi de mes amis.
      C’est émouvant de discuter entre nous de ce qui nous unit au-delà du temps et des distances: Safi.
      PS : je suis parti en France à mon tour. Je pense renter définitivement dans quelques jours à Safi.

  5. henry dit :

    je suis safiot et en lisant ce texte si emouvant je me suis plongé une fois de plus dans cette merveilleuse enfance a sidi ouassel ,50 ans apres ce souvenir reste etrangement intact , j,ais eu comme ami Manuel fils de pecheur , 50 ans sont passés , des oceans nous ont separé , mais il restera toujours le privilége d,etre safiot

    • Abdesselam dit :

      Henry,
      Depuis des années j’ai voulu écrire un texte sur le départ des Portugais de Safi. J’ai surtout voulu éviter toutes les polémiques qui n’ont plus de sens après toutes ces années.
      En me réveillant ce samedi matin j’ai écrit ce texte d’un seul tenant puis je ne l’ai pas retouché (en dehors des fautes d’orthographe). Après j’étais déprimé. Peut-être parce que je suis en train de faire mes valises pour quitter le pays où j’ai travaillé durant 15 ans. J’avais peur qu’on ne le trouve mièvre, mais après tout pourquoi pas. Comme je l’expliquais à Ondine, je pense que Safi est comme une sorte de Cosmos au sens des philosophes grecques, mais à petite échelle. Le quitter c’est quitter son milieu naturel. Autrement je ne vois pas comment expliquer cet amour insensé que nous avons pour Safi.
      en tout cas je te remercie pour ton texte et ces souvenirs qui au-delà des océans sont les nôtres
      PS : Manuel a posté un commentaire.

  6. JULIO DAHAN dit :

    Je suis safiot moi aussi et j ai quitte la ville en juillet 1967 Je garde des souvenirs innoubliables je viens de voir le nom de PAOLINITI et j ai un petit flash ;au college al idrissi j etais avec un certain FRANCIS PAOLINITI voila…..

  7. Abdesselam dit :

    Bonjour Julio,
    Je suis heureux que ce texte te permette de retrouver des amis. J’étais moi-même au lycée al Idrisi en 1964 ou 1965, je n’arrive pas m’en souvenir.
    C’est incroyable, j’ai tout oublié du collège et du lycée, mais me souvenirs de notre quartier sont intacts .

  8. JULIO DAHAN dit :

    j habitais 22 impasse de la mer comment pourais je l oublier et je suis d avis que SAFI était et est toujours la ville la plus sympa du maroc grace a ses résidents portuguais Français marocains de souche juifs marocains etc

    • Abdesselam dit :

      bonjour Julio
      Je connais bien cette impasse. Dès que je serais de retour à Safi, je ne manquerais pas d’y prendre quelques photos que je t’enverrais éventuellement si cela t’intéresse.

  9. DOS REIS Jean-Claude dit :

    Bonjour cher ami Abdesselam,
    et Julio, Ondine, Henry
    J’ai aussi habité impasse de la mer.
    Il y avait la famille OVADIA, et également (dans la maison du CAID) la famille HEDELIN, dont le papa était un des collaborateurs du Mal LYAUTEY, chargé de créer un pôle industriel lié à la pêche (les conserveries).

    Que de souvenirs !
    Il en faudrait des pages et des pages pour transcrire le vécu des safiots.
    Amitiés
    Jean-Claude

  10. Felix Abenhaim dit :

    Safi dont on se souviendra toujours comme une ville exemplaire pour la paix entre ses habitants de toutes confessions.Si seulements les jeunes d’aujourd’hui pouvaient l’imaginer comme elle etait et faire tout pour refaire d’elle l’une des ville la plus frequentee par les touristes ,ceci en organisant des soirees speciales ou les anciens viendraient raconter Safi,la ville magique..

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