L’HOMME QUI VOULAIT CONNAÎTRE SON DÛ. CONTE MAROCAIN, PARTIE 3

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Le prospère continua sa route et après plusieurs semaines arriva de nouveau à proximité d’une effrayante forêt dit-on habitée par un Ogre qui a mangé quatre-vingt-dix-neuf personnes et qui attend patiemment de tuer la centième pour accomplir son vœu le plus cher, à savoir, manger cent personnes. Aussi, comme il avait le flair très affûté, il sentit la présence humaine. Grande fut la joie de l’Ogre lorsqu’il vit devant lui un homme complètement perdu, il sut que finalement son vœu le plus cher, manger une centième personne, allait se réaliser sur-le-champ.

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— Homme imprudent, lui dit d’une voix féroce l’Ogre, que viens-tu faire donc cette contrée perdue.

— Je suis à la recherche de Dieu et je voudrais que tu m’accordes l’hospitalité pour trois jours, car je suis épuisé, car je suis désespéré.

L’Ogre entra dans une colère tellement grande que beaucoup de personnes durant des décennies prétendirent avoir entendu un cri effrayant qui provenait d’une forêt au loin. Une forêt, disait-on, où habitait un Ogre effrayant.

— Homme imprudent, tu m’as demandé la seule chose que je ne puis te refuser. Qu’il te soit accordé durant trois jours l’hospitalité.

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Et c’est ainsi que Monsieur le Prospère passa trois jours et trois nuits avec un ogre effrayant. Mais comme c’était un homme simple, pour lui ne peut exister sur terre aucun être effrayant ou méchant. L’ogre le traita avec une grande estime et avant qu’il ne partît de nouveau à travers les forêts à parcourir des distances infinies, l’Ogre lui remit un sac plein de provisions.

Au moment de partir, l’ogre lui demanda :

— Homme imprudent, toi qui veux rencontrer Dieu, si tu le rencontres, peux-tu lui poser cette question ? Quel est le sort de l’Ogre qui a mangé quatre-vingt-dix-neuf personnes ?

Monsieur le Prospère fit la promesse qu’il posera la question à Dieu à condition qu’il le trouve.

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Et c’est ainsi que de nouveau notre homme reprit son chemin qui dura plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois. Épuisé par le voyage qui lui semblait durer une éternité et résigné il sut que jamais il ne rencontrerait Dieu. Aussi, décida-t-il de rebrousser chemin et de revenir chez lui.

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Comme il était fatigué, il s’adossa contre un arbre géant, un arbre majestueux. En réalité, le seul arbre qui existait dans un champ, dans un pré infini. Après quelques minutes il s’endormit. Elle durant son sommeil il entendit une voix qui s’adressait à lui à travers les brumes de son sommeil.

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« O toi ! Homme qui a parcouru tous ces chemins toutes ces distances pour me rencontrer, je suis Dieu, je vais répondre à toutes tes questions.

« À ta première question concernant le sort de ces trois hommes qui prient et à qui j’envoie chaque jour une grappe de raisin et un pain noir, dis-leur que leur sort est en enfer, car ils ont trahi la confiance de l’homme qui leur a demandé l’hospitalité.

« À ta seconde question concernant l’Ogre qui a mangé quatre-vingt-dix-neuf personnes , il lui sera accordé le pardon, car il a trouvé suffisamment de ressources pour épargner une vie pour honorer l’hospitalité telle que tu lui as demandée.

«  En ce qui concerne tes trois filles, ton vœu sera exaucé, dès que tu retourneras chez toi, tu assisteras à leur mariage et elles auront des enfants.

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« Quant à ta question personnelle, celle que tu ne veux pas me poser par humilité : tu veux savoir O ! homme qui a traversé toutes ces distances pour me rencontrer, quel est ton Dû en ce monde. Sache que ton Dû est tout simplement chez toi.